Multiple intelligences : comment les comprendre et les développer chez l’enfant ?
Éducation Bienveillante

Multiple intelligences : comment les comprendre et les développer chez l’enfant ?

Chaque enfant possède sa propre manière de découvrir le monde. Certains adorent raconter des histoires, d’autres construisent des cabanes avec trois coussins et une couverture. Il y a ceux qui dansent dès qu’une musique retentit, ceux qui observent les insectes pendant de longues minutes et ceux qui posent mille questions sur le fonctionnement du corps humain.

Et si l’intelligence ne se résumait pas aux résultats scolaires ou à la facilité à apprendre ses tables de multiplication ? C’est tout l’intérêt de la théorie des intelligences multiples, proposée par le psychologue américain Howard Gardner. Elle nous invite à regarder nos enfants avec un œil plus large, plus curieux et, surtout, plus bienveillant.

Comprendre ces différentes formes d’intelligence peut nous aider à mieux accompagner nos enfants, sans les enfermer dans une étiquette. Car derrière un « élève rêveur », un « petit bavard » ou un « enfant qui bouge tout le temps » se cache parfois une façon différente d’apprendre et de s’exprimer.

Que sont les intelligences multiples ?

En 1983, Howard Gardner a développé l’idée que l’intelligence humaine ne serait pas unique. Selon lui, nous disposons de plusieurs formes d’intelligence, qui peuvent se combiner de manière différente chez chaque personne.

Cette approche ne signifie pas qu’un enfant serait uniquement « musical » ou « logique ». Nous possédons tous plusieurs intelligences, mais certaines peuvent être plus visibles ou plus spontanément utilisées que d’autres. Elles évoluent également avec l’âge, les expériences, les rencontres et les occasions d’apprendre.

Il est important de garder une petite nuance en tête : la théorie des intelligences multiples est très populaire dans le monde de l’éducation, mais elle ne constitue pas un outil de diagnostic scientifique permettant de classer les enfants. Elle doit plutôt être utilisée comme une grille de lecture souple, pour varier les activités et mieux observer les besoins de chacun.

Les huit formes d’intelligence chez l’enfant

L’intelligence verbale-linguistique

Elle concerne la capacité à utiliser les mots, à raconter, expliquer, comprendre les histoires et jouer avec le langage. Un enfant qui aime parler, inventer des aventures, écouter des livres ou écrire de petits messages peut montrer une sensibilité particulière à cette forme d’intelligence.

Pour la nourrir, nul besoin d’organiser de grandes leçons de français à la maison. Quelques habitudes simples suffisent :

  • lire une histoire chaque jour, même courte ;
  • laisser l’enfant raconter sa journée sans l’interrompre ;
  • inventer ensemble une histoire à partir d’une image ;
  • jouer avec les rimes, les devinettes et les mots rigolos ;
  • proposer un carnet pour dessiner puis dicter ou écrire quelques phrases.

À la maison, ma fille a longtemps préféré inventer des dialogues pour ses peluches plutôt que terminer un puzzle. Cela ne voulait pas dire qu’elle « ne savait pas se concentrer ». Elle se concentrait simplement autrement, par le récit et l’imaginaire.

L’intelligence logico-mathématique

Cette intelligence se manifeste dans le raisonnement, la recherche de solutions, l’observation des causes et des conséquences ou encore la compréhension des nombres. Certains enfants aiment classer leurs jouets, repérer des régularités, résoudre des énigmes ou comprendre comment fonctionne un objet.

Lire ▶  pourquoi choisir une école privée montessori pour le développement de votre enfant

Pour la développer, vous pouvez proposer :

  • des jeux de construction et de stratégie ;
  • des puzzles adaptés à l’âge de l’enfant ;
  • des activités de tri par couleur, taille ou forme ;
  • de petites recettes pour mesurer et comparer les quantités ;
  • des expériences simples, comme faire flotter différents objets dans l’eau.

Les gestes du quotidien sont de formidables occasions d’apprendre. « Combien de chaussettes faut-il pour toute la famille ? », « Quelle boîte est la plus grande ? », « Que va-t-il se passer si nous ajoutons plus d’eau ? » : les mathématiques se cachent parfois dans le panier de linge, sans même porter de lunettes carrées.

L’intelligence visuo-spatiale

Elle concerne la capacité à se représenter les formes, les distances, les couleurs et l’espace. Un enfant qui aime dessiner, construire, observer les détails ou se repérer facilement peut être particulièrement à l’aise dans ce domaine.

Les activités possibles sont nombreuses :

  • dessiner librement ou reproduire des formes ;
  • construire avec des briques, des cubes ou des matériaux recyclés ;
  • réaliser un petit parcours dans le salon ;
  • observer des cartes, des plans ou un globe terrestre ;
  • jouer à retrouver un objet à partir d’indices spatiaux.

Un enfant qui dessine souvent dans la marge de ses cahiers n’est pas forcément inattentif. Il peut avoir besoin de passer par l’image pour comprendre, mémoriser ou exprimer ce qu’il ressent.

L’intelligence corporelle-kinesthésique

Elle s’exprime par le mouvement, la coordination et l’utilisation du corps pour apprendre ou créer. Certains enfants ont besoin de manipuler, de bouger, de toucher et d’expérimenter concrètement pour intégrer une notion.

Pour les accompagner, pensez à :

  • danser sur des musiques variées ;
  • faire du théâtre ou mimer une histoire ;
  • jardiner, cuisiner ou bricoler ensemble ;
  • organiser des jeux de parcours et d’équilibre ;
  • utiliser des objets à manipuler pour apprendre les lettres ou les nombres.

Bien sûr, bouger ne signifie pas que l’enfant doit courir sur les murs pendant les devoirs. Mais une courte pause active, quelques étirements ou le fait d’apprendre une poésie en marchant peuvent parfois débloquer une situation. Le corps et le cerveau travaillent main dans la main.

L’intelligence musicale

Elle concerne la sensibilité aux sons, aux rythmes, aux mélodies et aux variations de la voix. Un enfant peut fredonner constamment, reconnaître une chanson dès les premières notes ou inventer des rythmes avec des ustensiles de cuisine. Oui, même la casserole peut devenir un instrument… particulièrement à l’heure de la sieste.

Pour encourager cette intelligence, vous pouvez :

  • chanter des comptines et des chansons ensemble ;
  • écouter différents styles de musique ;
  • taper un rythme que l’enfant doit reproduire ;
  • fabriquer de petits instruments avec des objets du quotidien ;
  • associer une mélodie à une information à mémoriser.

La musique peut aussi aider à apaiser les émotions. Une chanson familière, chantée doucement, peut parfois ramener un peu de calme dans une fin de journée mouvementée.

Lire ▶  Comment développer l’intelligence émotionnelle des jeunes enfants grâce aux jeux coopératifs en famille ?

L’intelligence naturaliste

Elle se rapporte à l’observation et à la compréhension du vivant, de la nature et de l’environnement. Les enfants qui s’intéressent aux animaux, aux plantes, aux cailloux, aux saisons ou aux phénomènes météorologiques manifestent souvent cette curiosité.

Pour la stimuler, nul besoin de vivre à la campagne. Une promenade au parc peut devenir une véritable expédition :

  • observer les feuilles et les comparer ;
  • chercher différentes formes de nuages ;
  • planter des graines dans un pot ;
  • écouter et reconnaître les chants d’oiseaux ;
  • créer un petit carnet de découvertes de la nature.

Prendre soin d’une plante permet aussi d’aborder doucement la patience, les besoins du vivant et la responsabilité. Même si, soyons honnêtes, la plante familiale peut parfois compter sur toute la maison pour ne pas être oubliée.

L’intelligence interpersonnelle

Cette forme d’intelligence concerne la compréhension des autres, l’empathie, la coopération et la capacité à créer des liens. Un enfant qui remarque rapidement la tristesse d’un camarade, aime aider ou prend naturellement une place de médiateur peut être sensible à cette dimension.

Il est possible de la développer grâce à des activités simples :

  • jouer à des jeux coopératifs plutôt que toujours compétitifs ;
  • discuter des émotions ressenties par les personnages d’un livre ;
  • réaliser une tâche en équipe ;
  • apprendre à écouter sans couper la parole ;
  • chercher ensemble différentes solutions lors d’un conflit.

Cette intelligence ne signifie pas que l’enfant doit toujours être gentil, disponible ou responsable des émotions des autres. Il a aussi le droit de dire non, d’être fatigué et de préférer jouer seul. L’empathie se construit avec des limites, pas dans l’oubli de soi.

L’intelligence intrapersonnelle

Elle désigne la capacité à mieux se connaître, à identifier ses émotions, ses besoins, ses envies et ses forces. Elle se développe progressivement, au fil des expériences et des échanges avec les adultes.

Pour aider l’enfant à avancer sur ce chemin, vous pouvez :

  • mettre des mots sur ce qu’il ressent sans parler à sa place ;
  • lui proposer un temps calme après une journée chargée ;
  • lui demander ce qui l’a rendu fier ou contrarié ;
  • respecter ses moments de solitude ;
  • l’encourager à choisir entre plusieurs options adaptées.

Dire « Tu sembles déçu que le jeu soit terminé » est souvent plus aidant que « Ce n’est pas grave ». Pour nous, l’événement paraît parfois minuscule. Pour notre enfant, il peut occuper tout l’espace émotionnel du moment.

Comment repérer les préférences de son enfant ?

Il n’est pas nécessaire de faire passer un test ou de chercher une étiquette. Le meilleur outil reste l’observation au quotidien. Que fait votre enfant spontanément lorsqu’il dispose de temps libre ? Quelles activités lui donnent envie de recommencer ? Dans quelles situations oublie-t-il l’heure ?

Vous pouvez noter pendant quelques jours les moments où il semble particulièrement concentré, enthousiaste ou fier de lui. Observez également ce qui l’aide lorsqu’il rencontre une difficulté : a-t-il besoin de dessiner, de bouger, d’expliquer à voix haute, de manipuler ou de regarder un exemple ?

Lire ▶  Pourquoi choisir une école Montessori pour mon enfant ?

Les réponses ne seront pas figées. Un enfant peut aimer les histoires à quatre ans, se passionner pour les constructions à six ans, puis découvrir la musique ou le sport plus tard. L’enfance est une période d’exploration, pas un formulaire à remplir une fois pour toutes.

Varier les façons d’apprendre sans mettre de pression

Développer les intelligences multiples ne signifie pas transformer chaque moment en activité pédagogique. Les enfants apprennent déjà énormément en jouant, en discutant, en observant et en participant à la vie familiale.

Si vous souhaitez proposer une activité, partez de ce qui intéresse votre enfant. Pour apprendre les couleurs, on peut trier des chaussettes, peindre, chanter une comptine ou chercher des objets dans la maison. Pour mémoriser une poésie, certains enfants auront envie de la réciter en marchant, d’autres de la dessiner ou de l’accompagner d’un rythme.

Le plus important est de multiplier les portes d’entrée, sans comparer les enfants entre eux. Un frère peut apprendre rapidement en lisant tandis que sa sœur a besoin d’expérimenter. Aucun des deux chemins n’est supérieur à l’autre.

Les pièges à éviter

La théorie des intelligences multiples est une invitation à élargir notre regard, pas à enfermer notre enfant dans une catégorie. Évitez donc les phrases comme « Tu es mauvais en maths » ou « Toi, tu es seulement créatif ». Elles peuvent finir par devenir des croyances que l’enfant porte sur lui-même.

Il est également préférable de ne pas transformer chaque activité en performance. Le dessin n’a pas besoin d’être joli, la cabane n’a pas besoin d’être solide et la chanson peut comporter quelques paroles inventées. L’objectif est de prendre plaisir à essayer, de développer la confiance et de découvrir ses propres manières de comprendre.

Enfin, si une difficulté persistante vous inquiète, échangez avec l’enseignant, le médecin ou un professionnel compétent. Les intelligences multiples ne remplacent ni un bilan, ni un accompagnement adapté. Elles offrent simplement une autre façon de voir les capacités de l’enfant : comme un ensemble riche, vivant et toujours en mouvement.

Et si nous changions notre regard ?

Chaque enfant avance avec ses talents, ses fragilités, ses élans et ses petits détours. Certains brillent dans les activités scolaires traditionnelles, d’autres révèlent leurs ressources en construisant, en prenant soin, en imaginant ou en observant.

Notre rôle de parent n’est pas de trouver une case parfaite dans laquelle le placer. Il est de lui offrir un environnement suffisamment sécurisant pour explorer, se tromper, recommencer et découvrir peu à peu ce qui le fait vibrer.

Alors, la prochaine fois que votre enfant transforme le salon en chantier, chante une chanson sans fin ou vous pose une question impossible sur les étoiles, prenez peut-être un instant avant de soupirer. Il est peut-être simplement en train de vous montrer une nouvelle façon de penser.